En bref
- Le doomscrolling, c'est faire défiler sans fin des contenus négatifs (actus, crises, drames) même quand ils te plombent. Dans une expérience sur 299 personnes, 2 minutes de fil d'actualité anxiogène ont suffi à faire baisser l'humeur positive par rapport à un groupe témoin (Buchanan et al., 2021).
- Les enquêtes relient le doomscrolling à plus d'anxiété et de détresse, mais elles sont corrélationnelles : elles ne prouvent pas que le scroll cause l'anxiété. Et aucune étude n'a testé directement l'effet du doomscrolling au réveil par rapport au même scroll plus tard dans la journée.
- Le matin cumule pourtant des facteurs défavorables : cerveau encore ralenti par l'inertie du sommeil, humeur de départ qui colore la suite de la journée, fils conçus pour capter l'attention avec du négatif. La solution qui tient : rendre le fil inaccessible pendant la première demi-heure, plutôt que compter sur ta volonté.
6 h 58. Tu coupes l’alarme et, sans vraiment décider, tu ouvres X. Une guerre, un crash boursier, une polémique, puis une vidéo sur le climat. Tu remontes, tu recharges. À 7 h 20, tu n’as rien appris d’utile, tu te sens lourd, vaguement inquiet, et la journée n’a pas commencé.
Ce n’est pas juste « regarder son téléphone au réveil », un sujet qu’on traite dans l’article sur le téléphone au réveil. C’est une version plus précise et plus coûteuse : le doomscrolling, ou l’art de se nourrir de mauvaises nouvelles dès les premières minutes. Voici ce que la recherche en dit, en séparant ce qui est prouvé, ce qui est probable et ce que personne n’a encore testé.
Qu’est-ce que le doomscrolling, exactement ?
Le doomscrolling (de doom, la catastrophe, et scrolling, faire défiler) désigne le fait de passer un temps excessif à faire défiler des contenus, surtout des actualités, qui te rendent triste, anxieux ou en colère. C’est à peu près la définition retenue par le dictionnaire Merriam-Webster, qui a fait entrer le mot en septembre 2023 après l’avoir suivi pendant trois ans (Merriam-Webster). Oxford Languages l’avait déjà cité parmi les mots marquants de 2020 dans son rapport Words of an Unprecedented Year (NPR, 2020).
Les chercheurs ont aussi voulu le mesurer. À l’université de Floride, Sharma, Lee et Johnson ont construit une échelle de doomscrolling en 15 questions, testée sur 401 panélistes de pays de l’OCDE puis validée sur 502 autres. Ils décrivent le doomscrolling comme une habitude où l’on reste accroché aux informations négatives sur les crises, catastrophes et drames. Deux résultats surprennent : le doomscrolling intense est moins répandu que prévu (scores moyens bas sur l’échelle), et il est plus fréquent chez les hommes, les jeunes adultes et les personnes très engagées en politique (Sharma et al., 2022).
La différence avec le scroll ordinaire tient au contenu et à la boucle : tu ne cherches pas à te divertir, tu cherches à te rassurer, et chaque mauvaise nouvelle t’en fait chercher une autre.
Le doomscrolling rend-il anxieux ? Ce que montrent les expériences
La preuve la plus solide vient d’expériences où l’on assigne les participants au hasard à un contenu ou à un autre. C’est la seule façon de parler de cause.
Dans deux expériences publiées dans PLOS ONE, Buchanan et ses collègues ont exposé des adultes à du contenu réel sur le Covid-19. Dans la première (299 personnes), 2 minutes de lecture de tweets anxiogènes ont suffi à faire baisser l’humeur positive par rapport à un groupe témoin. Dans la seconde (603 personnes), environ 4 minutes de vidéos YouTube du même type ont fait baisser l’humeur positive et l’optimisme (Buchanan et al., 2021). Deux nuances importantes : l’humeur négative n’a pas augmenté de façon significative, et regarder des actes de gentillesse pendant la même durée n’a pas fait baisser l’humeur. Ce n’est donc pas l’écran qui pèse, c’est ce qu’il montre.
La vie réelle confirme la tendance. Aux Pays-Bas, 63 personnes ont noté cinq fois par jour pendant dix jours les nouvelles vues et leur humeur : plus les nouvelles étaient perçues comme négatives, plus l’humeur était négative, surtout quand l’actualité les touchait personnellement (de Hoog et Verboon, 2020).
Et sur le long terme : anxiété, détresse, santé mentale ?
Ici, les données changent de nature. Ce sont des enquêtes : elles montrent des liens, pas des causes.
- Détresse psychologique. Sur trois échantillons (378, 419 et 460 personnes), Satici et ses collègues ont trouvé que le doomscrolling était associé à moins de bien-être, et que ce lien passait par la détresse psychologique (Satici et al., 2022).
- Anxiété existentielle. Chez 620 étudiants iraniens et 180 étudiants américains, le doomscrolling était associé à davantage d’anxiété sur la mort, le sens et le contrôle de sa vie, dans les deux pays (Shabahang et al., 2024).
- Consommation d’infos problématique. Dans une enquête sur 1 100 adultes américains, 16,5 % avaient une consommation d’actualité « sévèrement problématique ». Parmi eux, 73,6 % déclaraient un mal-être psychique fréquent, contre 8 % chez les autres (McLaughlin et al., 2022).
- Suivi au jour le jour. 61 jeunes adultes ont noté pendant 30 jours leurs sources d’infos sur la pandémie et leurs symptômes. Les jours avec plus d’actus via les réseaux sociaux allaient avec plus de symptômes dépressifs et de stress post-traumatique, surtout chez ceux qui avaient subi des maltraitances dans l’enfance. Les médias traditionnels ne montraient pas ce lien (Price et al., 2022).
Le sens de la flèche reste ouvert. Dans l’étude de Price, les personnes les plus mal au départ utilisaient aussi davantage les réseaux sociaux. L’anxiété pousse à scroller autant que le scroll entretient l’anxiété : c’est une boucle, pas une ligne droite.
Pourquoi on n’arrive pas à s’arrêter de scroller les mauvaises nouvelles ?
Trois mécanismes se renforcent.
Le biais de négativité. Le cerveau accorde plus de poids au négatif qu’au positif, et les fils le savent. Sur 105 000 variantes de titres testées sur le site Upworthy (plus de 370 millions d’affichages), chaque mot négatif supplémentaire dans un titre augmentait le taux de clic de 2,3 % ; les mots positifs le faisaient baisser (Robertson et al., 2023). Un algorithme qui optimise les clics te servira donc mécaniquement plus de mauvaises nouvelles.
La comparaison sociale. Le doomscrolling ne se limite pas aux actus : ton fil mélange drames du monde et vies parfaites des autres. Dans une expérience sur 84 étudiants, 10 minutes d’usage passif de Facebook (faire défiler sans interagir) ont fait baisser l’humeur en fin de journée, alors que 10 minutes d’usage actif non. Dans un second volet, 89 personnes interrogées cinq fois par jour pendant six jours : l’usage passif prédisait une baisse d’humeur, en passant par l’envie (Verduyn et al., 2015). Détail qui compte pour le matin : l’effet n’était pas immédiat, il est apparu plus tard dans la journée.
La rumination et le « résidu d’attention ». Une mauvaise nouvelle ne s’arrête pas quand tu fermes l’app. Les expériences de Sophie Leroy montrent qu’une tâche laissée en suspens continue d’occuper l’esprit et dégrade la performance sur la tâche suivante (Leroy, 2009). Ces études portent sur des tâches de travail, pas sur les actus, mais le principe s’applique bien à une crise dont tu ne connais pas la fin : ton cerveau garde l’onglet ouvert.
Pourquoi c’est pire le matin (et ce que personne n’a prouvé)
Soyons honnêtes : aucune étude publiée n’a comparé le doomscrolling au réveil au même doomscrolling à midi. Les articles qui affirment que le scroll du matin « ruine ta journée » ou « fait exploser ton cortisol » ne citent pas d’étude qui l’a mesuré. Le point sur le cortisol est traité dans l’article sur le téléphone au réveil. En revanche, trois résultats rendent l’hypothèse plausible.
Ton cerveau est en mode passif. Au réveil, l’inertie du sommeil ralentit le cerveau : les performances reviennent en général à leur niveau d’avant le coucher en 30 minutes environ, et la vigilance ressentie continue de s’améliorer jusqu’à deux heures après le réveil (Hilditch et McHill, 2019). Pendant cette fenêtre, décider activement « j’arrête » est plus difficile. Le fil infini, lui, ne demande aucune décision.
L’humeur de départ colore la journée. Dans un centre d’appels américain, 29 téléconseillers ont noté leur humeur en début de journée puis à deux moments aléatoires, pendant environ trois semaines. L’humeur de début de journée prédisait la façon dont ils percevaient les clients et ce qu’ils ressentaient après les appels, et une humeur négative allait avec moins d’appels traités (Rothbard et Wilk, 2011). L’étude ne portait pas sur le téléphone, mais elle montre qu’un mauvais départ ne reste pas au lit.
Le négatif s’installe en quelques minutes. Si 2 minutes de fil anxiogène suffisent à faire baisser l’humeur positive (Buchanan et al., 2021), un quart d’heure au réveil suffit largement à fixer le ton, avant même que tu aies posé un pied par terre.
Mis bout à bout : un cerveau qui décide mal, un contenu conçu pour retenir avec du négatif, et une humeur qui sert de filtre pour le reste de la journée. Ce n’est pas une preuve, mais c’est une bonne raison de ne pas commencer par là.
Comment arrêter le doomscrolling le matin ?
À 7 h, avec l’inertie du sommeil, ta volonté est à son plus bas. Ce qui marche, c’est de décider la veille et de laisser l’environnement tenir la règle à ta place.
- Coupe les notifications d’actualité. Les alertes « breaking news » sont la porte d’entrée du doomscroll. Garde les messages de tes proches, coupe les apps d’info et les réseaux.
- Sors les apps anxiogènes de l’écran d’accueil. Rangées dans un dossier en dernière page, elles demandent un geste conscient. Ce geste réflexe, et la friction qui le casse, est le sujet de l’article sur l’ouverture d’Instagram sans y penser.
- Donne un créneau aux nouvelles. Quinze minutes après le petit-déjeuner, sur un site que tu choisis, pas sur un fil qui choisit pour toi. Tu restes informé, sans subir.
- Remplace, ne supprime pas. L’étude de Buchanan montre que le contenu compte : lire un livre, écouter un podcast calme ou envoyer un message à quelqu’un ne produit pas la même baisse d’humeur.
- Limite le total, pas seulement le matin. Dans un essai sur 143 étudiants, limiter trois réseaux sociaux à 10 minutes par jour chacun pendant trois semaines a réduit solitude et symptômes dépressifs (Hunt et al., 2018). On détaille cette méthode dans l’article sur la détox dopamine.
- Bloque le fil pendant la première demi-heure. C’est la règle la plus efficace, parce qu’elle ne te demande rien au réveil. Temps d’écran permet un « Temps d’arrêt » programmé, mais il se contourne en un tap sans code.
Et si mon téléphone est aussi mon réveil ?
C’est le piège classique : le geste qui coupe l’alarme est le même que celui qui ouvre le fil. Pour ce cas précis, Up, l’app que nous développons pour iPhone (iOS 26 ou plus), propose un blocage « Au réveil » :
- L’alarme ne se coupe qu’après une mission : 5 calculs mentaux, 3 séquences de couleurs à reproduire ou 3 mots à reconnaître à l’oreille. Elle sonne comme l’app Horloge, même en mode Silence.
- Dès que tu coupes l’alarme, donc après la mission, le blocage s’arme et garde les apps que tu as choisies (X, Instagram, TikTok, ton app d’info) fermées pendant la durée que tu fixes, 30 minutes par défaut.
- Si tu tentes quand même de les ouvrir, iOS affiche l’écran de blocage d’Up, avec un seul bouton : « Fermer ». Pas de « encore 5 minutes ».
- Le mode strict empêche de modifier ou de couper un blocage en cours ; en sortir demande une mission de calcul.
Up est gratuit au téléchargement, avec un abonnement et un essai gratuit. Le fonctionnement complet est sur la page d’accueil d’Up. Un réveil classique et un téléphone qui charge dans la cuisine font aussi très bien le travail : l’essentiel est que ta première demi-heure ne soit pas écrite par un algorithme.
Si l’anxiété te suit toute la journée ou t’empêche de dormir depuis des semaines, parles-en à un médecin ou à un psychologue : réduire le scroll aide, mais ne remplace pas un accompagnement.
Demain matin, tu te lèves.
Up, c’est un réveil anti-snooze qui sonne même en silencieux et ne se tait qu’une fois ta mission réussie, plus des blocages qui gardent tes réseaux fermés le temps que ta journée démarre.
Sources
Études et pages citées dans cet article, vérifiées le 28 septembre 2026.
- Doomscroll (définition). Merriam-Webster, 2023. www.merriam-webster.com/dictionary/doomscroll
- Doomscrolling On A Staycation? Here Are The OED's 'Words Of An Unprecedented Year'. NPR, 2020. www.npr.org/2020/11/23/938183252/doomscrolling-on-a-staycation-here-are-the-oeds-words-of-an-unprecedented-year
- The dark at the end of the tunnel: Doomscrolling on social media newsfeeds. Technology, Mind, and Behavior, 2022. doi.org/10.1037/tmb0000059
- Doomscrolling Scale: its Association with Personality Traits, Psychological Distress, Social Media Use, and Wellbeing. Applied Research in Quality of Life, 2022. doi.org/10.1007/s11482-022-10110-7
- Brief exposure to social media during the COVID-19 pandemic: Doom-scrolling has negative emotional consequences, but kindness-scrolling does not. PLOS ONE, 2021. doi.org/10.1371/journal.pone.0257728
- Is the news making us unhappy? The influence of daily news exposure on emotional states. British Journal of Psychology, 2020. doi.org/10.1111/bjop.12389
- Doomscrolling during COVID-19: The negative association between daily social and traditional media consumption and mental health symptoms during the COVID-19 pandemic. Psychological Trauma: Theory, Research, Practice, and Policy, 2022. doi.org/10.1037/tra0001202
- Doomscrolling evokes existential anxiety and fosters pessimism about human nature? Evidence from Iran and the United States. Computers in Human Behavior Reports, 2024. doi.org/10.1016/j.chbr.2024.100438
- Caught in a Dangerous World: Problematic News Consumption and Its Relationship to Mental and Physical Ill-Being. Health Communication, 2022. doi.org/10.1080/10410236.2022.2106086
- Negativity drives online news consumption. Nature Human Behaviour, 2023. doi.org/10.1038/s41562-023-01538-4
- Passive Facebook usage undermines affective well-being: Experimental and longitudinal evidence. Journal of Experimental Psychology: General, 2015. doi.org/10.1037/xge0000057
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